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© Photo by Frédérique Ries 2011
La plupart des gens connaissent ton parcours: radio, télé, politique. Tout ce cheminement, tu ne pensais pas en arriver là? Cela te surprend? Tu es fière de ce résultat? Si dans les années 80 on t’avait dit que tu serais à l’Europe, tu l’aurais cru?
Frédérique Ries: Surprise? Sans doute un peu, mais en même temps, pas vraiment. Non que je veuille dire que je devinais tout cela à l'époque, la télé, la politique, mais plutôt que je n'ai jamais fait aucun plan de carrière. Tout était possible à mes yeux, c'est comme cela que mes parents m'ont élevée. Des exigences, des études, du travail, mais pas de trajectoire imposée. Maintenant, si je jette un regard dans le rétroviseur, la télé paraît plus surprenante par rapport à la petite fille timide que j'étais. Une sorte de catharsis sans doute, comme pour beaucoup de personnalités publiques finalement. La politique après est venue comme un choix naturel, presque cohérent par rapport à certains de mes choix de journaliste, certaines de mes frustrations, certains de mes combats.
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Il y a des poudres à lessiver qui proposent de revenir à son ancienne poudre mais certaines ménagères gardent la nouvelle proposée. Ton passé c’est le passé, tu l’as aimé mais à part une petite nostalgie, tu ne referais plus de radio, de télé, etc car la vie est une constante évolution?
FR: C'est drôle cette comparaison avec la lessive, je l'ai utilisée moi-même quand j'ai quitté le journal télévisé! Oui, la nostalgie c'est bien, mais il faut la dépasser. Je regarde ce passé avec beaucoup d'affection, ce qui est déjà pas mal, je veux dire que je ne regrette aucun choix, même si certains ont eu du mal, aujourd'hui encore d'ailleurs, à admettre que je bouscule les cases. Les gens aiment bien pouvoir mettre des étiquettes, et ont une formidable inertie à accepter de les changer une fois qu'ils vous les ont collées. Mais bon, c'est un autre débat.
Maintenant, plus de radio, plus de télé, et pourquoi s'il vous plait? Les quelques fois (trop rares) où l'on tend un micro ou une camera à un acteur européen, j'y prends beaucoup de plaisir. A communiquer l'objet de nos travaux, bien sûr, mais aussi à retrouver certains réflexes de ce métier qui reste le mien. A la radio surtout, où il y a une vraie proximité avec celui ou celle qui vous écoute. Je suis très sensible aux voix, je l'ai toujours été. La question visait une nouvelle reconversion, je l'ai bien entendue! Et là encore, si le défi est nouveau, sexy (médiatiquement parlant!), s'il ne s'agit pas de refaire la même chose 20 ans plus tard, why not?
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La femme en 2011 a une place bien plus importante dans ce monde qu’auparavant. Il est dit que ce n’est pas encore assez. Penses-tu qu’à moyen terme, elle deviendra encore plus l’élément central de ce monde au détriment de l’homme? Pour toi la femme est si merveilleuse?
FR: L'élément central? Mais elle l'est déjà, évidemment! 52% de l'humanité, pas encore autant malheureusement en terme de représentation, de pouvoir, de reconnaissance! Tout un débat, on reprend rendez-vous sur le thème si tu veux. Juste un truc, ce n'est pas, ce ne doit jamais être au détriment de l'homme. Nous sommes complémentaires, pas concurrents sur cette planète. Ce n'est pas en termes de rapport de forces que je m'imagine cet avenir dont tu parles. Il reste des combats féministes inachevés, certes. L'égalité des salaires coulée pourtant dans le Traité de Rome (1957!) n'est pas encore une réalité. Un plafond de verre continue de bloquer la légitime progression des carrières des femmes dans bon nombre de sociétés, privées comme publiques. Et je ne parle pas des discriminations beaucoup plus criantes encore faites aux femmes dans le monde. Les femmes pourtant sont tellement plus que juste la pierre angulaire des foyers, ce qui est déjà tout un métier. Les femmes sont merveilleuses, les hommes aussi, et les couples un miracle permanent!
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Quels combats as-tu encore dans tes cartons? Quelles causes souhaites-tu encore défendre? Difficile de se faire entendre dans ces assemblées européennes? La persévérance est la meilleure des tactiques?
FR: Oui, je déconseille l'Europe au politique impatient! Les procédures sont longues, complexes, souvent loin des préoccupations des citoyens alors que pourtant elles façonnent leur quotidien. Mes "causes" restent les mêmes, la santé, notre premier trésor parfois si mal partagé, nous venons d'avancer sur les dons d'organes, sur les médicaments falsifiés, sur les soins de santé transfrontaliers dans une Europe qui bouge sans cesse. L'environnement, c'est une évidence. Nous venons, pas plus tard qu'hier, d'exiger la réforme du Traité Euratom qui laisse aux Etats le quasi monopole des compétences en termes de sécurité nucléaire. Sécurité des installations, des déchets, la nôtre donc, puisque nous aurons besoin encore du nucléaire en Europe dans les années à venir. La lutte contre les discriminations, on vient de parler de celles dont sont victimes les femmes, je suis très engagée dans la lutte contre le racisme et l'antisémitisme en Europe et dans le monde. Une meilleure gouvernance, plus de transparence. Un siège unique pour le Parlement européen par exemple! Combat de 12 ans pour moi, où rien ne bouge, il faut bien l'avouer. Aussi longtemps qu'aucun responsable français n'osera briser l'omerta, et accepter d'ouvrir le débat, ce sera dur. Pendant ce temps, le Parlement à Strasbourg poursuit ses travaux, une semaine par mois comme pour conjurer un destin un peu... miné. Et s'offre même le luxe d'une nouvelle "sortie Députés" digne d'un aéroport depuis quelques semaines, 3 ascenseurs, un vrai terminal. Une meilleure communication aussi, les citoyens ne comprennent pas ce qui se passe dans les institutions européennes, et on s'étonne qu'ils soient de plus en plus nombreux à s'en lasser?
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Frédérique a-t-elle encore du temps en privé? Tu arrives à jumeler boulot et intimité avec la famille, les amis? Quel sera ton prochain voyage de vacances? De quel côté de la planète nous enverras-tu une carte postale?
FR: Oui, j'y arrive. Parce que c'est une priorité. Avec parfois du mal, parfois mal, mais j'essaie. C'était plus difficile quand mon fils était petit. J'ai raté toutes ses rentrées des classes, y compris la première primaire à cause des sessions de Strasbourg (non, ceci n'explique pas mon combat anti-Strasbourg :-) ). Ca peut paraître anecdotique, mais ce ne l'est pas. Aujourd'hui qu'il est plus grand, les choses sont plus faciles à expliquer... et à négocier! Je ne fais pas partie de ces gens, de ces femmes en particulier, qui peuvent s'épanouir dans le travail seul. Je dirais même plus, je ne ferais pas du bon travail si je n'étais pas épanouie dans ma vie privée et si celle-ci n'alimentait pas en partie mes initiatives et ma motivation. Donc oui, je la préserve. Vacances? Pas de projet actuellement, nous revenons à peine des sports d'hiver, qui sont la destination préférée de mon fils. Pas trop la mienne en fait!
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Est-on en guerre (Lybie)? Et la Belgique, est-elle en guerre sans son gouvernement? Pourquoi ne trouve-t-on pas une solution? Pas de souci, heureux qui sait attendre? Que pense l’Europe de ce plat pays?
FR: Oops, 5 questions qui à elles seules valent tout un débat. Oui nous sommes en guerre, il ne faut pas se cacher derrière les mots. "Mal nommer les choses c'est ajouter au malheur du monde" disait Camus.
Mais en même temps nous n'avions pas le choix. Il s'agissait d'éviter un bain de sang, de "sanctuariser des civils". Je n'aime pas la guerre. Personne n'aime la guerre. Mais il est des guerres justes, celle-ci en est une. L'immense difficulté maintenant, c'est d'en sortir au plus vite. Le groupe de contact est en réunion en ce moment même à Doha pour dégager un consensus. Sur la question, et les moyens, de dégager Kadhafi, même si la Résolution de l'ONU n'en pipe mot, chacun sait que rien ne changera s'il reste en place, et d'offrir notre aide ensuite à l'émergence d'une démocratie. C'est ce que nous faisons déjà en soutenant le gouvernement provisoire du Conseil National Transitoire (CNT).
Les réactions de mes collègues au marasme politique belgo-belge? Il faut vraiment en parler? C'est un vrai crève-coeur. Stupéfaction au mieux, irritation, condescendance et amusement au pire. Personne ne peut comprendre que ce pays dont le fonctionnement a servi de modèle à toute une partie de l'intégration européenne soit aujourd'hui livré à des démons qui œuvrent à détricoter tout cela. Inquiétude aussi, car il ne faut pas être naïf, beaucoup de régions en proie aux mêmes égoïsmes nous observent à la loupe. La Catalogne, l'Ecosse... Les Flamands n'ont pas tous les torts, je ne leur en veux pas d'être excédés par les travers d'une Région wallonne gouvernée depuis des lunes par un PS qui est sans doute le plus dogmatique d'Europe. Mais le jusqu'au-boutisme de certains d'entre eux, ce refus de toute solidarité, c'est le contraire aussi des valeurs qui ont présidé à 50 ans d'histoire de l'Europe. Ca n'a pas de sens.
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